En savoir plus sur "les murs en pierre sèche" ?

De la pierre sèche près de chez vous, en Poitou-Charentes, dans les Deux-Sèvres, et loin ailleurs... le respect de la nature, des paysages, de l'écologie, de la biodiversité

Avez vous remarqué au détour d'un chemin ou longeant un talus ces fragments de mosaïques de pierres émergeant d'un rideau de lierre et semblant nous dire « ne nous oubliez pas » ?

Partout dans le monde où la roche affleure et où l'agriculture s'est développée, hommes et femmes ont assemblé des pierres bien avant l'invention du mortier pour se protéger des éléments, faire évoluer leur rapport à la mort, communiquer avec leurs dieux...

La cité inca du Machu Picchu, "vieille montagne" en langue quechua, dont les temples et murs vertigineux ont été bâtis en pierre sèche au 15 ème siècle et suscitent l'admiration, défie le temps et notre imagination.

Quelque part au sud du Poitou, dans les Deux Sèvres, existe un important patrimoine de murs en pierre sèche. Dans un triangle délimité par Niort, Melle et St Maixent, de petites vallées encaissées découpent le plateau Mellois connu pour ses terre rouges et profondes. Ailleurs en plaine, sous les terres de groie, la roche mère calcaire (appelée localement platin, ou banche), n'est jamais loin.
Savez vous qu'ici, aux début de l'agriculture, au néolithique, il y a environ 7000 ans, des hommes bâtissaient à sec de véritables nécropoles, qui nous sont parvenues, plus ou moins protégées par les sédiments, comme sur le site des tumulus de Péré, sur la commune de Plaine d'Argenson.

Le site des tumulus de Bougon, ouvert au public https://tumulus-de-bougon.fr/ plusieurs dolmens ont été mis à jour ainsi que les techniques de transport et d'érection des mégalithes. Les ouvrages en pierre sèche protégeant les dolmens ont été reconstruits ces dernières décennies et sont une représentation "contemporaine" des tumulus, dont les archéologues étudient toujours les structures.

Tumulus à Bougon (79)
Tumulus à Bougon (79)

Le tumulus de Péré, est fouillé depuis 20 ans. Ce dernier site, unique en Europe, passionne plusieurs archéologues, qui ont identifié de nouvelles techniques de construction ainsi qu'une organisation du travail très évoluée ( thèse de 2016 "Archéologie du bâti mégalithique dans l'ouest de la France" Florian Cousseau université de Rennes)

Le paysage, sur le canton de la Mothe St Héray témoigne, par ses kilomètres de murs, de l'épierrement fait par les paysans dans les champs, afin d'en faciliter la culture et de créer des enclos pour le bétail. Ces murs dits paysans, se retrouvent au sein même des villages pour retenir et / ou délimiter les terrains, avec divers niveaux d'esthétique et de technicité.

Très présentes dans d'autres régions , ces constructions se seraient beaucoup développées autour des 18 et 19 ème siècle avec l'augmentation des populations rurales et l'évolution du matériel agricole.


Regardez en ligne quelques beaux exemples  à Chavagné - La Crèche (79)

 

Qualités des ouvrages en pierre sèche

Un mur en pierre sèche, s'il est bien bâti, est :

  • DRAINANT : il laisse l'eau circuler, qualité indispensable surtout s'il retient de la terre.

« vieux granit » mur de soutènement sans âge à Vialas - Lozère
« vieux granit » mur de soutènement sans âge à Vialas - Lozère


  • PLASTIQUE : il accepte les déformations dues aux mouvements du sol, collisions

  • ECOLOGIQUE : sans sable, ni ciment ni chaux, il est économe en énergie, ses cavités accueillent de nombreuses espèces de faune et de flore .

  • DURABLE : il est souvent impossible de dater précisément un vieux mur, on sait toutefois que la plupart, surveillés et entretenus ont pu traverser les siècles.

  • ESTHETIQUE : la diversité de tons et de formes des pierres, la façon de les assembler font de ces ouvrages de petits « paysages » dans le paysage qui attirent l'oeil.

Comment entretenir un mur en pierre sèche ?

Les murs en pierre sèche souffrent encore trop souvent dans notre région d'une mauvaise image : on passerait beaucoup de temps à les remonter, ils ne tiendraient pas face aux intempéries...

Lorsqu'une brêche s'ouvre, on est tenté d'empiler les pierres tombées, ou de faire appel à un voisin équipé d'une bétonnière pour reboucher le « trou »; des solutions pas toujours efficaces, ni esthétiques.

Ces ouvrages, surtout quand ils sont anciens, demandent effectivement de l'entretien, de la vigilance pour ne pas y laisser pousser la végétation. Il faut parfois remplacer quelques pierres abimées par le gel.

A bien y regarder, un mur maçonné au mortier de ciment, de chaux ou de terre est plus ou moins sérieusement bâti et s'il n'a plus sa couverture étanche, l'eau s'y accumule et il finit rapidement par rompre .

Pour ne pas subir la punition de Sisyphe, en remontant inlassablement les cailloux sur le mur, des règles sont à respecter et avec un peu de courage et de pratique on parvient à de beaux résultats. 


Auteur : Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement 79


Cévennes, pays de pierres et renaissance du métier de murailler

Les Cévennes comptent toutes sortes de reliefs, roches et minéraux : les murs de pierre sèche y sont partout présents, constitués de schistes, granits et calcaires.

Dans les Cévennes et en Provence, le métier de  murailler ou murailleur  est depuis longtemps une véritable spécialité,  indispensable pour la mise en culture des pentes et  l'irrigation, le soutien des routes et la lutte contre les crues.

Les terrasses (bancels cévénols, restanques provençales) signent l'identité de ces paysages. La forêt s'emploie maintenant a effacer cet héritage laissé par des générations d'hommes et de femmes courageux et obstinés, pratiquant la maçonnerie à sec et la culture « à bras », à une échelle qu'il est parfois difficile d'imaginer .

Dès les années 70, des pionniers, qu'ils soient maçons ou simples habitants,  se sont mobilisés pour sauver les nombreux savoirs-faire liés à la pierre sèche en constituant des associations. (Voir en page Liens)

Cette mobilisation a par exemple abouti à la rédaction en 2007 d'un "guide des bonnes pratiques de construction de murs de soutènement" qui sert aujourd'hui de références aux professionnels et permet aux assureurs de garantir ces ouvrages.